
Renault 5 Turbo : la citadine devenue arme de rallye
Née d’une idée aussi folle qu’ambitieuse, la Renault 5 Turbo a marqué un tournant dans l’histoire de l’automobile française. Derrière ce projet hors normes se trouve Jean Terramorsi, qui imagine alors une voiture radicale, pensée dès l’origine pour la compétition.
À la fin des années 1970, la réglementation du Groupe 4 impose en effet la production d’au moins 400 exemplaires pour pouvoir engager un modèle en championnat du monde des rallyes. Renault décide alors de relever le défi de la manière la plus audacieuse possible : transformer sa populaire Renault 5 en véritable machine de guerre.
Mais le projet ne répond pas seulement à une logique sportive. La marque souhaite aussi démocratiser une technologie encore rare sur les voitures de route à essence : le turbo. Déjà utilisé en Formule 1 et en endurance, il trouve ici une application spectaculaire sur le petit quatre cylindres 1.4 Cléon-Fonte. Revu en profondeur, ce moteur développe 160 ch dans la première version de série, une puissance impressionnante pour un bloc aussi compact à l’époque.
Pour tirer le meilleur de cette mécanique, Renault fait un choix radical : abandonner l’architecture classique de la Renault 5 et installer le moteur en position centrale arrière. La petite traction populaire devient alors une propulsion, associée à une boîte mécanique. Le résultat n’a plus grand-chose à voir avec une simple citadine sportive : la R5 Turbo entre dans une autre dimension.

Trio R5 Turbo
Une Renault 5 signée Bertone
Pour son design, Renault fait appel à Bertone, et plus précisément à Marcello Gandini, célèbre pour avoir dessiné des modèles aussi emblématiques que la Lamborghini Countach. Le résultat est à la hauteur du projet : ailes hypertrophiées, prises d’air massives, proportions musclées… la Renault 5 Turbo conserve les grandes lignes de la citadine d’origine, mais les pousse dans une lecture presque exotique.
Lorsqu’elle est présentée officiellement en 1980, la voiture apparaît comme une sorte de supercar française miniature. Cette impression est encore renforcée par son habitacle, directement inspiré du concept car. L’intérieur, lui aussi signé Bertone, se distingue par son ambiance futuriste, son mélange de rouge et de bleu, et une instrumentation très marquée par les années 1980. Rarement une petite Renault n’avait affiché une telle exubérance.
Une machine née pour la route… et surtout pour les spéciales
La Renault 5 Turbo ne tarde pas à justifier les ambitions placées en elle. Grâce aux développements menés avec des pilotes comme Jean Ragnotti, la version de route affiche déjà des performances de tout premier plan. À son époque, cette petite bombe peut rivaliser avec certaines Porsche et Ferrari contemporaines, tout en restant bien plus accessible.
Renault produira environ 1 700 exemplaires de la première R5 Turbo, puis près de 3 100 Turbo 2. Cette dernière, plus rationalisée, adopte un intérieur issu de la R5 Alpine et remplace plusieurs éléments de carrosserie en aluminium par de l’acier, afin de réduire les coûts de production. Au total, près de 5 000 exemplaires toutes versions confondues verront le jour.
Mais c’est évidemment en compétition que la Renault 5 Turbo construit sa légende. Dès 1981, elle remporte le Rallye Monte-Carlo et décroche également le titre de Championne de France des Rallyes. Son architecture atypique, sa légèreté et son tempérament brutal en font une redoutable arme sur les spéciales.

R5 Turbo
L’ombre du Groupe B
Malheureusement pour Renault, la carrière de la R5 Turbo bascule au moment même où le rallye change d’ère. Dès 1982, la FIA introduit le Groupe B, ouvrant la porte à des voitures encore plus extrêmes. De nouveaux concurrents arrivent, à commencer par Audi et sa Quattro à transmission intégrale, qui change profondément la hiérarchie.
Renault tente bien de répondre avec plusieurs évolutions. Il y aura d’abord la Turbo Cévennes, puis la très rare Tour de Corse, produite à moins de 30 exemplaires et capable d’atteindre environ 300 ch. Enfin vient la plus célèbre de toutes : la Maxi 5 Turbo, forte d’environ 350 ch pour à peine 900 kg.
Cette ultime évolution offrira à la Renault 5 Turbo un dernier coup d’éclat en remportant notamment le Tour de Corse 1985. Un exploit d’autant plus marquant qu’il s’agit là de l’une des dernières grandes victoires d’une propulsion face à l’armada des quatre roues motrices.

R5 Turbo Tour de corse
Le symbole d’une époque
La Renault 5 Turbo n’a pas simplement marqué l’histoire de Renault. Elle est devenue l’un des grands symboles de l’automobile française des années 1980. À la fois spectaculaire, audacieuse et profondément atypique, elle incarne une époque où les constructeurs osaient encore transformer une citadine en machine de rallye presque irrationnelle.
Par la route comme par la compétition, elle a imposé une image unique : celle d’une petite voiture devenue immense dans l’imaginaire collectif. Plus qu’une version sportive de la Renault 5, la Turbo reste aujourd’hui le témoignage d’un moment où l’audace technique passait avant la raison.